15/01/2020
Par notre consoeur Anne-Sophie Laguens.
Question-Réponse grève des avocats pour les non-avocats :
- Ils abusent ils gagnent déjà hyper bien leur vie et ils veulent garder leur pactole pour eux quand tout le monde galère :
L'avocat qui gagne 500K€ par an et qui passe ses après-midi au golf pendant que ses collaborateurs bossent pour lui, il existe, mais celui à qui vous avez affaire parce que votre propriétaire a gardé la caution, que votre ex a gardé les enfants ou que votre patron a gardé votre salaire, en général, c'est pas lui.
L'avocat lambda, il gagne juste assez de quoi rembourser ses charges, faire tourner son cabinet et son foyer.
On a une caisse autonome autogérée, qui fonctionne bien et nous assure une retraite de 1 400€ (qu'on ne prendra sans doute pas avant 70 ans de toutes façons).
Cette caisse verse 100 millions d'euros chaque année au régime général. Donc on contribue déjà. En revanche quand nous sommes malades ou autre, on se débrouille tout seuls. Quasiment toutes les avocates qui ont eu des enfants ont signé des courriers de la maternité, quand on est malade on prend nos dossiers à l'hôpital.
Donc oui notre caisse qui pour le coup tourne bien, on la garde, merci.
- Oui mais bon quand même maintenant on peut divorcer pour 200€ sur internet j'ai pas d'enfants et pas d'immeubles j'ai vu un avocat il m'a demandé 2 000€.
Prenons l'exemple d'un forfait de 2 000€.
Sur les 2 000€, vous pouvez déjà retirer la TVA.
Il reste donc 1 667,67€.
Sur cette somme, la moitié part en charges (aucune exagération, ce sont des charges mensuelles, l'URSSAF, la CNBF - notre fameuse caisse de retraite - etc etc).
Nous voilà à 834€.
Desquels vous retirez les frais de fonctionnement de cabinet.
Et le plus simple des divorces, c'est quand même deux ou trois rendez-vous client, des mails, de la rédaction.
- Ok mais les retraites quel rapport ?
Les cotisations doubleraient si la réforme passe.
En pratique, ça veut dire plusieurs milliers d'euros par an.
1. Les petits cabinets déjà fragiles ne tiendront pas et fermeront. Ce sont souvent ces petits cabinets qui prenaient les "petits" dossiers avec des enjeux de moins de 5 000€.
2. En pratique, on n'aura plus le temps de prendre de dossier à l'aide juridictionnelle. On ne pourra plus.
Donc les dossiers qu'on prend en urgence, avec des dossiers d'AJ mal montés dont on ne sait même pas si on sera indemnisés, on ne les prendra plus. Et on devra augmenter nos honoraires pour suivre. Les honoraires que vous payez.
Sur des dossiers longs (divorces contentieux, instructions criminelles, droit des étrangers, contentieux prud'hommes etc) travailler à l'AJ revient souvent en pratique à travailler à perte.
On ne se rémunère pas avec des dossiers, on les prend car ça fait partie de notre mission.
Ex :
un prud'hommes c'est 960€ (au moins 1 an et demi de procédure)
un divorce contentieux 1 088€ (qui peut durer 4 ou 5 ans, pour une indemnisation touchée à la fin de la procédure)
une instruction correctionnelle 640€ (2 ans de procédure).
De fait, les pauvres ne trouveront plus d'avocat, c'est aussi simple que ça.
- Et donc jeter la robe, carrément ?
Cette réforme vient après plusieurs réformes procédurales qui rendent bien plus complexe l'accès à la justice, et de fait, restreignent l'accès au droit pour le justiciable lambda. Interjeter appel est devenu un exercice périlleux. Avoir une date pour un simple contentieux de loyers impayés ou pour faire un changement de garde d'enfant devient audacieux.
L'idée ? Vider les tribunaux et cours en mettant le justiciable dehors.
Donc nous expliquer que l'on ne comprend pas la réforme, et qu'en fait tout va être plus simple et plus juste, c'est un peu nous prendre pour des jambons, et vous avec.