29/09/2021
Hommage à l'abolition de la peine de mort en France- 40ème anniversaire...
La peine de Mort. La peine de mort et son berceau de génie inhumain. La peine de mort et sa cohorte de barbarie. La peine de mort et son cortège de prétextes.
S’il est une vérité dans ce discours, c’est que depuis toujours, le Mal et le Bien s’affrontent dans le cœur des hommes. Le premier permet à la nature humaine de commettre nombre d’exactions, d’assouvir ses pulsions au détriment de ses pairs, de revendiquer et de générer des comportements antisociaux par pur égoïsme. Le deuxième, vise à les réfréner, les juguler, les endiguer, en somme les étouffer. Ce Bien cherche par tous moyens à préserver l’équilibre collectif, la moralité et une avancée apaisée de la société.
Les ressorts sur lesquels s’appuie le Bien sont légion. Il en existe de toutes formes, de tous temps et de bon nombre de manières par bon nombre d’acteurs.
Nous pourrions citer pêle-mêle les grands principes repris dans les récits religieux telles que les dix commandements, les évangiles, le Coran, la Torah, et autres textes. Mais également les règles orales issues de la tradition dans bon nombre de cultures. Puis plus proche de nous, par des compilations de comportements aberrants, hérétiques, scandaleux, de leur classification par degré de gravité et de la quantification de la sanction qui doit leur être appliquée.
Cette recherche par le Bien de juguler le Mal est ancestrale. Elle se retrouve dans les limbes immémoriaux. Une des anciennes traces les plus connues est sans doute le Code d’Hammourabi. Puis au gré des époques, le Bien s’est transformé. Il a voulu dominer, s’affirmer sur le mal. Alors Il s’est organisé, spécialisé, s’est endurci. C’est alors que des périodes sombres sont apparues, ou ce Bien porté au triomphe, l’a été à n’importe quel prix, avec mépris. Parfois même en vendant son âme au Diable. Les Croisades, les guerres saintes en tous genres, même actuelles, en sont un exemple.
Oui ce Bien s’est transformé… Il s’est érigé en Maître de la vérité absolue, Il est devenu intransigeant, sûr de lui, sans appel. Jusqu’à devenir plus fort que le Mal, plus fort que la vie, plus fort que la Mort. Il est devenu celui qui décide de la vie ou de la Mort…
Le Bien, c’est évident, a besoin de collaborateurs… Car sans ses fidèles exécuteurs, ses serviles bourreaux et ses prédicateurs endoctrinés, il n’est finalement qu’un vœu pieu, une déclaration d’intention que le Mal dédaigne éperdument et piétine résolument.
Plus prosaïquement, si le Bien s’est endurci, c’est avec le concours de certains, sinon tous. Le peuple, la majorité, la fameuse collectivité. Celle-là même qui hurlait « du pain, des jeux » en regardant les fauves ou les gladiateurs dévorer les voleurs, les impies ou les étrangers à Rome, celle-là même qui jetait des pierres à ceux cloués sur des croix ou entravés sur des piloris, ou encore celle-là même qui assistait aux pendaisons, aux guillotinages sur les places publiques, aux bûchers d’hérétiques.
Pour votre parfaite information, je m’en vais vous narrer différentes méthodes dont le Bien a abusé ou abuse pour faire expier le Mal depuis l’éternité, sous l’œil complice d’une foule parfaitement complaisante et complice…
Le journaliste et écrivain Martin MONESTIER en a recensé factuellement 36. Les supplices bestiaux, l’égorgement, l’éventrement, la précipitation, le supplice de la faim, l’emmurement, l’encagement, le crucifiement, l’enfouissement, l’empalement, l’écorchage, le découpage, le dépeçage, le déchiquetage, l’écrasement, le bûcher, le rôtissage et la grillade, le sciage, le fléchage et transfixion, l’empoisonnement, l’estrapade, le fouettage et la bastonnade, la roue, l’écartèlement, la strangulation, la garotte, la lapidation, la noyade, la pendaison, la décapitation, le tranche tête, la guillotine, la fusillade, la chambre à gaz, la chaise électrique, l’injection léthale….Mais quel génie ce Bien !
Quel génie créatif dans la manière d’ôter la vie d’un homme par ses pairs !
Etre capable d’allonger le condamné sur une table, sur lequel on posait des rats sur le ventre, puis recouvrir le tout d’un panier en osier auquel il était mis feu, pour que les animaux creusent par instinct de survie. Quel talent, quelle imagination !
Etre capable de calculer le temps de pousse d’une tige de bambou, d’en arrondir l’extrémité pour qu’elle s’élargisse alors même qu’elle grandit d’un mètre par jour dans les entrailles du condamné…
Quelle science, quelle créativité !
Enfermer un condamné entre deux coques de bateau et ne laisser dépasser que la tête, le gaver de mets exquis et libations pour que dans les jours suivants, les vers se nourrissent de ses déjections et se développent jusqu’au cœur de ses entrailles… Quelle subtilité, quelle générosité !
Ces 36 catégories ont été déclinées de mille et une manière, avec mille et un animaux, mille et une lames, et à travers les âges.
L’idée maîtresse de ces morts judiciaires a pendant longtemps été d’assoir l’autorité, que cela soit d’une ville, d’un Seigneur, d’un Roi, d’un dictateur, d’une République.
Pour être et demeurer un Etat fort, il faut montrer une autorité implacable, inexorable et inébranlable. Pas d’exceptions. Dura Lex, Sed Lex !.
Les erreurs judiciaires, les condamnations arrangées, les faux procès politiques, dont le délibéré est connu d’avance pour assouvir une population autrefois asservie, revancharde où dotée d’une conscience à géométrie variable ? Dégâts collatéraux, balayés d’un revers de mains.
Outre le fait d’assoir l’autorité, l’Etat doit satisfaire ses ouailles Bien -pensantes. Les satisfaire de la soif de sang, de spectaculaire ou d’hystérie collective. Que dire des crieurs qui annonçaient les futures exécutions publiques comme on vend des journaux, des 12.000 badauds qui ont assisté à mort de Rondez et Aurilla, des 25.000 personnes à l’exécution de Troppmann, des 30.000 personnes pour Barie et Lebiez, des 60.000 personnes pour Mc Clanoy, 400.000 pour Hébert en 1794 …
Et celui-là, celui qui suit le Bien, qui rejette le Mal, profite du spectacle, le met en scène au théâtre, donne des petits noms aux instrument de tuerie… « La Vierge » pour la guillotine en bois blanc, « la dépucelée » pour celle peinte en rouge. Celui-là même qui louait à prix d’or des fenêtres, toits et balcons d’appartements à VERSAILLES pour assister au guillotinage de WEIDMANN, et qui faisait la fête toute la nuit.
De nos jours, la société sait se tenir, paraît-il.
Il nous est vendu que la peine de Mort, est une sanction proportionnée, juste, rapide, efficace et indolore. Voyez-vous, pour les injections léthales on sédate préalablement le condamné, avant de lui injecter les barbituriques. Pour la chambre à gaz, pas de ratage, la méthode a été largement éprouvée. Pour la chaise électrique, restons humains et humidifions le condamné pour que le courant circule mieux. Et quand on ne dispose plus d’assez de produits létaux, on change pour des méthodes aussi douces. De l’injection léthale à la pendaison aux Maldives par exemple.
Il m’est surtout d’avis pour les Etats Unis d’Amérique par exemple, que les 182 exécutés qui ont été reconnus innocents postérieurement à leur décès, les 1.500 exécutés depuis 1973, dont 18 en 2020, les 7.200 condamnés dans le couloir de la mort ne sont pas de cet avis.
Pas plus que les enfants de plus de 7 ans aux Maldives qui peuvent se voir infliger la peine capitale à compter du rétablissement de cette possibilité en…2014.
Et encore moins les 26.604 condamnés à mort dans le monde, les 657 exécuté en 2019, dont 72 mineurs au moment des faits…
Le Bien, leur répondra sans coup férir, que c’est pour les guérir et les expurger de leurs péchés capitaux, comme on voudrait éradiquer une maladie potentiellement transmissible aux fins de protéger ses semblables.
Mais le Mal n’est pas une maladie, c’est une des deux composantes de la nature humaine, ancrée en chacun. Depuis toujours.
Et si l’Homme peut succomber au Mal, le Bien sous couvert d’une volonté correctrice et guérisseuse par suppression pure et simple, d’un trait de lame, d’un soupçon de gaz, d’une pincée d’injection, ou de mise sous tension, ne pourra jamais utilement et entièrement éradiquer ses semblables pris par le Mal pour se protéger d’eux.
Alors, si le Bien persiste dans ses intentions létales, ce n’est en réalité que pour forger et maintenir la preuve de sa domination, de son intransigeance et de sa rigidité. Comme pour mieux mettre en garde ses collaborateurs de ce qu’il en coûte de le trahir, et faire se repaître ses fidèles du sang coulé pour la bonne cause.
La boucle est finalement bouclée. Cette situation existait déjà dans l’empire romain, où les condamnés étaient exhibés à l’entrée des villes comme un panneau de mise en garde des règles à respecter….
Si force est à l’Histoire, le bilan est bien maigre pour les effets voulus par le Bien.
C’est à l’aune de piètres bilans quant à la réussite de la suprématie radicale et définitive du Bien que de nombreux pays et états ont préféré renoncer à son avènement.
Ces mêmes pays et états défenseurs de la vie ont compris que pour guérir le Mal, il était plus efficace de l’isoler, de le mettre à l’écart tout d’abord. La prison. Puis de le comprendre, de l’étudier, de le travailler pour que son hôte s’en débarrasse. Somme toute, l’arracher, le détricoter de l’âme humaine, pour mieux refaçonner celle-ci avec l’image du Bien. Par le travail, qu’il soit psychologique, psychiatrique, médical, social, manuel ou intellectuel. Jusqu’à ce que la peine de mort du Mal soit prononcée : la rédemption.
Il en reste pourtant aujourd’hui 54 qui restent les fidèles exécuteurs de ce Bien extrémiste, de ce Bien meurtrier. Et l’on ne peut même pas expliquer leur choix par une idéologie ... qu’ils soient communistes, capitalistes, socio-libéraux, chrétiens, musulmans, agnostiques traditionnalistes, la Mort judiciaire n’en a que faire.
La peine de Mort a ses raisons que la raison ignore…
Un espoir cependant m’imprègne contre tout attente, de façon mi-naïve, mi-raisonnée, à l’égard de l’un de ces serviteurs du Bien. Il m’est apparu en effet qu’un état applique la peine de mort avec une froide originalité. Et celle-ci n’a pas été listée par Monsieur Martin MONASTIER : Il s’agit de la peine de mort avec sursis.
En effet, en Chine, s’il existe toujours la peine de mort, celle-ci peut être assortie d’un sursis, que je qualifierai de probatoire, durant 2 années. Ainsi, si le condamné a fait preuve d’un comportement exemplaire en détention, évité les rapports disciplinaires, bagarres et incidents, alors sa peine sera commuée en réclusion criminelle à perpétuité.
A titre anecdotique, Madame Gu Kailai, épouse de l’un des hauts dignitaires du parti communiste chinois, Bo Xilai, surnommée la « Jackie Kennedy chinoise », a été condamnée à cette peine en 2012 pour le meurtre d’un homme d’affaires britannique par empoisonnement…tandis que son époux, ancien chef du parti d’une province, a lui été exclu du parti et démis de ses fonctions.
Cette originalité permettrait-elle d’entrevoir que l’Etat Chinois est en train de se diriger vers l’abolition de la première partie radicale de la peine, au profit de son caractère probatoire et humain ?
Assurément plus qu’un Death Row où la mort rôde, pendant parfois 20 ans, sans espoir d’une grâce, de la révision du procès, et avant la visite d’une Faucheuse qui prend l’âme du condamné une deuxième fois déjà, celle-ci ayant été rongée et consumée par le tumulte de l’angoisse d’une attente éperdue.
Ce faisant, ma cause comme ma peine sont entendues.
Mon discours, comme la vie des condamnés va s’éteindre d’ici quelques instants, et c’est pourquoi vous rappelant une fois encore que le Bien devrait apprendre aux Hommes à endiguer les excès du Mal, je reprendrai à mon profit les derniers mots d’Antoine Carbuccia alors qu’il allait être guillotiné en 1864 « Soyez sages, la vie est belle ».