18/09/2025
La semaine dernière, j’étais à la banque, trop en avance pour une fois, j’attendais que le conseiller me reçoive et j’ai assisté à une scène farfelue, selon moi.
Une femme est entrée, accompagnant à son bras un homme très âgé et visiblement fatigué.
A la personne à l’accueil, la femme a expliqué que son oncle vit seul avec son épouse, dans leur maison, qu’ils « perdent la tête de plus en plus » et qu’une nièce se présente régulièrement pour se faire remettre des chèques et des espèces. Puis a ajouté que le couple détient des contrats d’assurance-vie et que la nièce insiste pour en devenir bénéficiaire.
Réponse de la banquière : « il faut déposer plainte à la gendarmerie. Ici, votre conseiller ne peut pas faire grand-chose si les clients de la banque émettent des chèques et qu’ils les signent ».
C’est faux.
Ce n’est pas la bonne solution.
Et en laissant la situation trop traîner, les conséquences sont parfois très complexes à réparer.
Cette situation se multiplie de plus en plus, partout : voilà donc un petit guide des premières mesures à mettre en œuvre.
D’abord, il faut prévenir le banquier formellement, si besoin en lui adressant une lettre recommandée.
Les banques ont une obligation de vigilance, dès qu’elles reçoivent le signalement qu’un client devient vulnérable :
- les comptes bancaires seront surveillés davantage et chaque opération sera contrôlée,
- une fois la banque avertie, sa responsabilité peut être mise en jeu, si des opérations sont réalisées, qui appauvrissent la personne vulnérable.
Ensuite, il faut évidemment envisager rapidement une mesure de protection : une sauvegarde de Justice, une curatelle ou une tutelle, selon l’amoindrissement des capacités cognitives ou physiques de la personne qui est en train de se faire dépouiller.
Avant de saisir le Juge des tutelles, il faut mandater un expert-psychiatre habilité et spécialement inscrit sur la liste du Tribunal, qui a pour mission d’examiner la personne et rédiger un certificat médical, lequel sera joint au dossier de saisine du Juge des tutelles.
Une fois qu’une mesure de protection aura été décidée par le Juge des Tutelles, plusieurs mécanismes prévus par le Code civil protègeront la personne vulnérable.
Pour l’avenir, les mouvements financiers seront surveillés par le curateur ou le tuteur et les actes de captation seront annulés par un Tribunal, selon des procédures simples et souvent rapides.
Pour les mouvements financiers antérieurs à l’ouverture de la mesure de protection, le Code civil prévoit qu’ils peuvent être annulés presque automatiquement s’ils se situent dans la période de deux années qui précède la publication de la mesure de protection : cet article du Code civil est d’une efficacité redoutable et permet de récupérer les sommes d’argent qui ont été détournées par « abus de faiblesse ».
D’autres textes du même Code permettent de faire annuler les mouvements financiers à partir du moment que la preuve est faite de la diminution des facultés mentales.
Le certificat médical de l’expert-psychiatre est donc crucial et il ne faut jamais t**der à prendre un rendez-vous.
Dans l’attente de ce certificat, rien n’empêche de demander un certificat médical au médecin traitant !
Dans plusieurs procédures diligentées dans mon cabinet, un tel document s’est révélé très utile et le Tribunal a porté foi aux déclarations du médecin, et à son diagnostic, pour annuler des actes douteux.
L’enjeu médical se nomme le MMS (c’est un test concernant les capacités cognitives).
Ces démarches peuvent se faire en quelques jours seulement. Elles sont donc beaucoup plus rapides qu’une plainte et qu’une enquête à laquelle la victime n’a pas accès, généralement.
A chaque étape, l’assistance d’un avocat est utile et bénéfique.
Mon ambition est de protéger l’individu, sa famille et son patrimoine.
La vieillesse n’est pas un naufrage. Mais la vigilance de la famille – avec l’assistance de l’avocat – reste essentielle pour préserver la dignité et les biens de nos aînés.
Jean-Louis RICHARD GONTIER
Avocat au Barreau de Tarascon et du Pays d'Arles