10/04/2026
LES AVOCAT.E.S. SONT EN GRÈVE !
Depuis que j’exerce, je n’ai rencontré que des confrères/consœurs combattif.ve.s.
Parfois nous ne sommes pas d’accord, parfois nous sommes même radicalement opposés dans nos idées, parfois nous ne nous comprenons simplement pas, mais tous.tes sont animé.e.s d’une volonté féroce de DÉFENDRE.
Malgré la réputation des avocat.e.s d’être avares et coûteux.ses, alors que personne ne regarde le reliquat qu’il nous reste sur ce qui nous est versé.
Malgré la confrontation permanente avec ce que l’humanité peut générer de plus sordide.
Malgré certain.e.s client.e.s qui ne voient pas le travail réalisé, les mauvais payeurs, celle.ux qui croient que l’affaire était de toute façon gagnée d’avance, ceux qui nous font la leçon à coup d’IA.
Malgré la permanente déception de voir notre justice se déliter : de moins en moins de moyens dans les tribunaux, trop de classements sans suite, des justiciables qui ne se sentent plus écouté.e.s.
Ils/elles mettent souvent de côté leur vie privée, leurs congés, leur parentalité, et parfois même leur santé, au profit de leur travail.
Aujourd’hui, la profession est en GRÈVE.
En grève, pas pour elle-même, mais pour vous, pour les principes de Justice que nous voulons pour notre pays.
Le projet de loi de G. DARMANIN propose de sanctionner des crimes (incestes et meurtres par exemple) par une procédure de plaider-coupable.
Cela impliquera une phase de négociation de la peine entre l’auteur et le procureur, sans la présence la victime, dans un bureau.
Plus d’exposé minutieux des faits en audience publique, plus de réflexion collective sur ce qui a conduit aux faits, sur le risque de récidive, sur l’après….
La peine serait alors de 2/3 moindre que celle encourue en cour d’assises !
Tout cela sous le prétexte fallacieux de vouloir accélérer les délais trop longs de la Justice.
C’est un effet d’annonce parfaitement contredit par la réalité.
Aujourd’hui, les délais sont extrêmement longs dans le traitement des plaintes par les enquêteurs, par les procureurs, par les juges d’instruction, car ils n’ont tout simplement pas les moyens de le faire correctement.
La procédure de plaider-coupable n’arrangera rien sur ce point.
En revanche, elle fera perdre aux auteurs et aux victimes la possibilité de bénéficier d’une audience lors de laquelle tout est examiné en détails et lors de laquelle tou.tes les acteurs.rices s’échinent à purger le passé pour tenter de reconstruire.
Il n’y aura plus ces audiences au cours desquelles le peuple, via les juré.e.s, s’exprime sur ses choix de société, infuse la Justice, et inversement.
L’exposition de certaines affaires récentes ou passées n’a t elle pas ouvert les yeux de la société toute entière ? Sur le profil banal des auteurs de violences sexuelles ? Sur les mécanismes de l’inceste ? Sur les défaillances de la justice elle-même ?
Tout le monde a en tête certains grands procès qui ont influencé leur vision du monde.
Doit-on rendre les décisions pour les crimes les plus graves en catimini ?
Les avocat.e.s s’y opposent férocement en faveur d’une Justice transparente rendue par le peuple français.