10/10/2025
Le 9 octobre 2025, la France a honoré Robert Badinter au Panthéon.
L’hommage fut à la hauteur de l’homme : celui qui abolit la peine de mort, qui rappela sans relâche que “la prison ne doit jamais être un lieu d’indignité”, et qui fit de la dignité humaine la boussole de la justice.
Mais tandis que la République célébrait la grandeur morale de son ancien garde des Sceaux, l’actuel ministre de la Justice, Gérald Darmanin, poursuivait depuis l’été une politique pénitentiaire d’un tout autre ordre — celle d’un populisme sécuritaire, où la démonstration d’autorité tient lieu de projet de justice.
Des prisons de “haute sécurité”, symbole d’un recul
Le 31 juillet 2025, le ministère de la Justice inaugurait à Vendin-le-Vieil la première prison dite “haute sécurité”.
Une seconde, à Condé-sur-Sarthe, doit accueillir ses premiers détenus à la mi-octobre.
Ces établissements, présentés comme “modernes”, incarnent en réalité une rupture avec les principes élémentaires du droit pénal humaniste :
• parloirs sous hygiaphone, sans contact humain ;
• isolement quasi permanent, contraire aux standards européens ;
• fouilles systématiques et humiliantes ;
• absence d’activités, de soins, de réinsertion ;
• conditions dénoncées par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté.
Sous couvert de sécurité, on généralise des pratiques d’enfermement déshumanisé, où le détenu cesse d’être un sujet de droit pour devenir un risque à neutraliser.
La fermeté comme spectacle
Ce n’est pas un hasard de calendrier : c’est un choix politique calculé.
Alors que la figure de Badinter incarnait la justice de la raison, le discours actuel promeut une justice de la peur.
L’État se met en scène dans la fermeté, au mépris de la réflexion, des droits et de la dignité.
Mais la sécurité ne peut être durable si elle s’appuie sur l’humiliation.
Les peines inhumaines fragilisent la société, elles ne la protègent pas.
Honorer Badinter, c’est prolonger son combat
L’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme interdit les traitements inhumains ou dégradants.
Les juridictions françaises rappellent que la dignité est un principe à valeur constitutionnelle.
Pourtant, la France, en multipliant les régimes d’isolement et les prisons de haute sécurité, s’en éloigne dangereusement.
Rendre hommage à Robert Badinter, ce n’est pas seulement déposer une g***e ou prononcer des discours émus :
c’est refuser que la prison redevienne un lieu d’indignité.
C’est défendre une justice ferme mais humaine, lucide parce qu’elle n’oublie jamais que la loi doit protéger sans avilir.