28/05/2026
— Ce que la parole de Flavie Flament nous oblige à regarder en face
Les français sont-ils voués à entretenir une forme de complaisance et de clémence envers les personnes mises en cause pour des faits d’agressions sexuelles, spécialement pour des faits commis à l’encontre des enfants ?
« Tous les frères font cela » écrivait de manière glaçante laurent BOYET dans son livre.
Non, ce n’est pas vrai. C’est même faux. Les règles sociales, morales, juridiques disent le contraire.
Laurent le dit, le répète , le crie, le hurle comme une souffrance qui le dévore malgré le temps qui passe.
Ce n’est pas normal. Ce sont des violences graves et inacceptables. Selon la Loi, ce sont des crimes, parmi les plus graves. Ils sont sévèrement punis par la loi, notre Codex commun. Personne ne dit d’ailleurs que les peines sont trop lourdes, bien au contraire. Le consensus est inverse.
Et pourtant, demeure une forme de complaisance et de clémence envers les personnes mises en cause pour des faits d’agressions sexuelles, spécialement pour des faits commis à l’encontre des enfants
Les témoignages et prises de parole au quotidien de Laurent Boyet sont inestimables.
Contre le silence, contre les violences. Contre l’isolement. Contre la complaisance anormale. Contre l’institution.
Pour les victimes, pour les enfants.
Le Parallèle peut à notre sens être établi avec une autre personne qui s’inscrit actuellement dans ce parcours de Sisyphe. Les Victimes la portent sur elle, cette souffrance et leur devoir de justification incessante de leur révolte contre cette ignominie et l’urgence d’agir.
Le 15 mai 2026, Flavie Flament a révélé publiquement son identité et confirmé avoir déposé, le 13 mai, une plainte avec constitution de partie civile pour viol sur mineur devant la doyenne des juges d’instruction du Tribunal judiciaire de Paris.
Les faits qu’elle décrit sont précis, datés, circonstanciés : 1991, elle a 16 ans, elle se rend au domicile de Patrick Bruel à Neuilly-sur-Seine après l’enregistrement d’une émission de télévision. Elle affirme avoir été droguée, puis violée.
Flavie Flament n’est pas une inconnue dans ce débat. Elle est l’autrice de La Consolation (2016), ouvrage dans lequel elle témoignait — sans nommer son agresseur — de ce qu’elle avait vécu. Elle a ensuite été auditionnée à l’Assemblée nationale et a directement contribué aux travaux parlementaires ayant conduit à l’allongement des délais de prescription pour les violences sexuelles commises sur mineurs. Elle a construit, brique par brique, un engagement public sur ce sujet. Ce n’est pas une prise de parole impulsive.
Elle avait déjà témoigné anonymement dans Mediapart sous le pseudonyme “Eva”. La cohérence de son récit avec celui d’une trentaine d’autres femmes qui accusent Patrick Bruel depuis mars 2026 n’est pas un détail.
Sur le plan juridique, la question est posée :
Les faits remontent à 1991. Avec une majorité intervenue en 1992, le délai de 30 ans prévu depuis la réforme de 2018 est a priori échu en 2022 — soit avant le dépôt de la plainte. C’est précisément pourquoi le débat sur l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, auquel Flavie Flament a contribué, n’a jamais été aussi urgent.
Le Parquet de Nanterre, qui centralise désormais toutes les procédures, a néanmoins décidé d’enquêter. La procureure de la République de Paris l’a dit clairement : même en cas de probable prescription, on enquête dès lors que la victime était mineure au moment des faits.
C’est précisément le sens de la réforme à laquelle Flavie Flament a contribué.
Ce que cette affaire nous dit, au fond :
Il ne s’agit pas de choisir entre présomption d’innocence et parole des victimes. Ces deux principes ne sont pas antagonistes — ils sont les deux jambes d’un État de droit qui se tient debout et qui doit marcher droit. La présomption d’innocence s’applique jusqu’à la condamnation définitive.
Elle ne signifie pas pour autant que la parole d’une victime doit être tue, minimisée ou ignorée. Bien au contraire, une écoute attentive et précisée doit lui être réservée.
A fortiori quand il y en a une trentaine, évidemment.
Quand une femme comme Flavie Flament — publiquement engagée, auditionnée par le Parlement, reconnue pour la cohérence de son parcours — prend la parole avec ce niveau de précision et de risque personnel, la question de la crédibilité ne se pose quasipent plus.
Nous ne sommes plus dans le cas de figure de déclarations fantasques ou ubuesques, non circonstanciées, vagues et imprécises dans le temps, voire tout simplement impossibles…
Et même évoquer cela, comme cela, est outrageusement violent par les personnes « anonymes »qui n’osent pas déposer plainte, malgré la réalité de leurs agressions. C’est risquer de porter involontairement atteinte à la future crédibilité des plaignantes et des témoins.
De surcroît, la personne mise en cause, Patrick Bruel, reconnaît les relations intimes. Il se retranche toutefois selon ses déclarations et celles de son entourage, derrière, selon lui, des relations qui auraient été consenties.
Par delà le contexte d’une mineure fragile et vulnérable confrontée à une personne publique starisée à l’extrême au niveau national et international, il ne faut pas oublier que la personne mise en cause est deux fois plus âgée. La plaignante est une jeune mineure. Elle décrit être dans son appartement et qu’il ne pouvait pas ignorer son jeune âge.
Vient aussi poindre dans le débat, aussi, la question sensible d’un processus éventuel de soumission chimique.
Ces déclarations convergent avec celles d’autres victimes qui décrivent le même mode opératoire : la consommation de thé ou d’eau au goût particulier. Puis le black out. Et les stigmates de rapports sexuels non consentis, de douleurs, et de fluides corporels qui s’écoulent.
Ainsi, ce qui se pose réellement pour les personnes et citoyens qui suivent de près ou de loin cette actualité, c’est la question de la réponse institutionnelle, judiciaire et sociale que nous sommes capables de lui apporter.
Le Canada a déjà répondu : les concerts sont annulés.
La Belgique s’interroge.
La France …. réagira sans doute plus t**d.
Flavie Flament a raison. Chacun s’interroge. Chacun prend sa responsabilité. Et une personne publique, une star, se ressource chaque jour sur scène avec son public et ses fans, parfois aveuglés.
En tant qu’avocat pénaliste, défenseur de victimes et souvent des enfants, je considère que cette affaire dépasse la personne de Patrick Bruel. Elle illustre les limites de nos outils juridiques face au temps, au silence imposé, et au pouvoir.
Pour autant, il déborde sans doute cette question.Nombreuses sont les « courageuses voix » qui disent « enfin », ou encore « nous savions toutes », « c’était un secret de polichinelle ».
Qu’ont fait avant, ceux qui disent aujourd’hui “qu’il savaient” ? C’est un peu t**d sans doute pour se vanter
Et nous, les avons nous entendus, les avons nous écoutés ?
En vérité, savions nous ?
Nous, quidams et tartempions, en vérité, le savions-nous …?
Nous en doutions nous ?
Avons-nous accepté de passer outre pour quelques accords ?
Moralement, sommes-nous complices en portant aux nues des agresseurs et en les acclamant ? La réponse est oui.
Pour les nombreuses plaignantes, assurément cela intervient trop t**d.
Et d'ailleurs, « L’artiste » n’avait peut-être que peu caché certaines situations, inévitablement réinterprétées à la lumière des faits. La parole est à la prudence au regard de son statut d'innocent légalement présumé.
Mais tout de même, certains paragraphes de la chanson « casser la voix » laissent aujourd’hui perplexes et sonnent différemment sans doute .
Chacun se fera son opinion, et mettra à l’épreuve sa propre complaisance éventuelle.
La Justice poursuivra son chemin, et tranchera.
Merci Laurent.
Merci Flavie.
Le combat continue. Nous vous soutenons.
Pour les autres contactez nous. Nous serons avec vous.
Charles Rominger
Rominger Avocats
Avocats au Barreau de Paris
44 rue des Moines 75 017 Paris - 01.43.35.54.04
11 Rue Jean Henry Lainé 17630 La Flotte - 05.46.68.15.21
[email protected]
06.62.56.66.80
-Avocats