04/04/2026
Projet de loi SURE : le recul français du droit à un procès équitable s’invite à Istanbul
Symposium international à Istanbul : « Un colloque du combat »
Au moment même où les avocats français se mobilisent massivement contre le projet de loi SURE, Défense Sans Frontières / Avocats solidaires (DSF/AF) était présente à Istanbul lors du symposium international sur le droit à un procès équitable organisé par le Barreau d’Istanbul.
Représentant DSF/AF, Maître Françoise COTTA, avocate au barreau de Paris, s’est dite « désespérée ». Alors que le bâtonnier Ibrahim KABOĞLU et de nombreux avocats turcs font l’objet de procédures judiciaires destinées à affaiblir la profession et les droits de la défense, le projet de loi SURE vient, lui, fragiliser davantage le droit à un procès équitable en France. Ce droit est pourtant garanti par l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme.
« Ce colloque est pour nous un colloque du combat. Lorsque je me rends en Turquie, j’ai l’impression d’être à l’école du courage », a déclaré Françoise COTTA devant ses confrères turcs. Elle a salué la résistance des avocats d’Istanbul : « Au barreau d’Istanbul, vous êtes un modèle pour nous, avocats français, parce que vous résistez. Nous n’avons pas su résister ces dernières années, parce que nous n’avons pas cette culture de la solidarité. »
Faisant le parallèle entre la situation turque et l’évolution inquiétante de l’État de droit en France, Françoise COTTA a livré un constat sévère : « Je suis désespérée car je viens du pays de Montesquieu, le pays de la philosophie des Lumières. Chez nous, certes, les avocats ne sont pas tués, pas incarcérés comme en Turquie, mais nous assistons à une dégénérescence. »
Elle a rappelé qu’en France, « le procès équitable a pris un coup dans l’aile ces dernières années », dénonçant l’augmentation des recours aux audiences en visioconférence, « qui éloigne les prévenus de leur procès pénal », et les atteintes à la présomption d’innocence, pilier du procès équitable, « lorsque procureurs et juges appellent les plaignants des “victimes” avant tout jugement ».
Représentant DSF/AF, Françoise COTTA dénonce l’aggravation de ce mouvement avec le projet de loi SURE : « Le procès équitable va devenir une justice marchandée : dans une chambre sombre, avec un avocat qui ne sert à rien et un procureur qui décide de tout, vous n’aurez plus qu’à négocier votre peine. »
« Monsieur Darmanin propose que le procès criminel prenne fin, que l’accusé puisse se voir proposer une peine allant jusqu’à trente ans. Le rôle de l’avocat serait alors plus que de conseiller à son client d’accepter ce marchandage. Nous en sommes là, dans le pays des Lumières, le pays de la démocratie. »
Pour Défense Sans Frontières, ces atteintes au procès équitable en France résonnent avec les combats menés par les avocats turcs : « Nous ne voulons pas devenir la Turquie. Les citoyens ont déjà perdu confiance dans la justice. Il est urgent qu’ils puissent à nouveau avoir confiance dans les institutions. »
Face à ce constat, DSF/AF appelle :
• à l’abandon du projet de loi SURE dans sa forme actuelle ;
• à une mobilisation renforcée des barreaux, des institutions et de la société civile pour la défense du procès équitable ;
• au soutien actif aux avocats turcs, et plus largement à tous ceux qui, partout dans le monde, paient cher leur engagement pour l’État de droit.
« Les solutions existent : ce symposium en est la preuve. Il est possible de s’unir au-delà des frontières, avec une conviction unique : que le procès équitable est un rempart de la démocratie. Grâce au droit et à la solidarité, nous pouvons gagner », conclut Françoise COTTA.
Ibrahim KABOĞLU, bâtonnier du Barreau d’Istanbul, a assuré de son plein soutien les avocats français mobilisés contre le projet de loi SURE.