01/10/2026
🐴 Jurisprudence du jeudi en droit équin : le propriétaire du chien qui effraie un cheval répond de la perte de chance de carrière d'étalon.
Lors d'une partie de chasse entre amis, sur des terres prêtées gratuitement par un couple, le chien d'un chasseur pourchasse des yearlings dans un pré. L'un d'eux, jeune Selle Français d'une lignée réputée en CSO fonce dans la clôture et se blesse au canon postérieur droit.
Les vétérinaires mandatés par les deux assureurs concluent que la cicatrice constitue un défaut rédhibitoire pour l'épreuve de modèle. Le cheval ne pourra donc pas être approuvé à deux et trois ans et devra attendre ses quatre ans pour se présenter.
La propriétaire assigne le chasseur et l'assureur de la Fédération départementale des chasseurs.
Le tribunal retient la responsabilité du propriétaire du chien sur le fondement de la responsabilité du fait des animaux (article 1243 du Code civil). Seul l’assureur du chasser conteste les faits, jusqu'à l'identité du chien en cause.
Le tribunal considère que certificat I-Cad, qui décrit le chien comme d'apparence ratier, soit une race de chasse, la déclaration de sinistre et deux attestations concordantes suffisent à établir l’identité du chien en cause. Le tribunal souligne surtout qu'en reconnaissant le rôle causal de son chien, l'assuré prenait le risque d'être condamné sans certitude d'être garanti. Sa déclaration, faite contre son propre intérêt, garde sa force probante.
Aucune faute de la victime n'est retenue. Le tribunal considère que ce ne sont pas les chasseurs qui ont affolé les chevaux, mais le chien qui les a pourchassés dans leur champ. Sur les clôtures, le tribunal considère que l'interdiction du fil barbelé ne vise que les établissements équestres ouverts au public, leur présence dans un pré privé ne constituant aucune faute.
Sur le préjudice, le tribunal arbitre entre deux expertises. Le produit de la vente des doses est ramené au taux de poulains vivants, soit 65 %, diminué du coût de fabrication (3.798 € pour cent doses), puis affecté d'un coefficient de perte de chance de 80 % au vu des origines du cheval et des attestations du vice-président du Stud-Book SF et de deux étalonniers.
Sur deux saisons de monte perdues, le cheval ayant été approuvé en septembre 2024 sur ses performances, le préjudice s'établit à 28.161,60 € HT, outre 2.530,88 € HT de frais vétérinaires.Le tribunal rejette la perte de valorisation commerciale, la carrière sportive étant intacte, et le préjudice moral, ni développé ni justifié.
Enfin, le tribunal considère que l'assureur doit sa garantie. L’assureur ne contestait que la réalité de l'action de chasse, or le caractère informel de ces battues explique l'absence de tout document d'organisation.
À retenir : Pour évaluer la perte de chance de carrière d'étalon, le tribunal combine la probabilité d'approbation, le taux de poulains vivants, le coût des doses et le nombre de saisons de monte perdues.
📌 TJ Lisieux, 2 juin 2026, n° 23/00920