25/11/2021
OBJET : Tribune des magistrats et greffiers contre une « justice du chiffre » et « qui n’écoute pas »
Le 23 novembre 2021, 3.000 magistrats, représentants un tiers de leur corps, et une centaine de greffiers ont signé une tribune publiée dans le journal "Le Monde" dénonçant une justice "déshumanisée", les obligeant à choisir entre "juger vite mais mal" ou "juger bien mais dans des délais inacceptables" tout en dénonçant leur mal-être professionnel ayant notamment conduit cet été au su***de de Charlotte G., jeune magistrate.
La section de Nîmes du syndicat des avocats de France s’associe au mouvement de protestation et de revendications des magistrats, des greffiers et personnels des palais de Justice et souhaite leur apporter un soutien indéfectible.
La Tribune publiée dans Le Monde est un exact reflet du délabrement actuel des institutions judiciaires et les constats dressés sont les mêmes que ceux que dénoncent depuis plusieurs années le Syndicat des Avocats de France, et plus largement notre profession.
En effet, chacun d’entre nous et in fine les justiciables ont quotidiennement à subir le manque de magistrats et de greffiers.
Ces derniers se trouvent dans l’impossibilité d’assumer complètement et avec leur éthique professionnelle les missions qui leur sont imparties compte tenu du volume de dossiers qu’ils doivent traiter et du temps qu’ils peuvent accorder à chacun.
Nous observons et signalons jour après jour une dégradation des conditions de travail de tous ceux qui œuvrent pour la Justice et qui souhaiteraient exercer dans des conditions dignes.
Il s'agit d'un manque cruel de personnel, de moyens, d'une surcharge chronique mais aussi particulièrement d'un silence à des revendications énoncées de longues dates par l'ensemble de nos professions.
Suivent aussi de multiples réformes peu adaptées au terrain, et des outils défaillants.
La numérisation et dématérialisation, loin d’être considérées comme un outil permettant l’amélioration de tâches fastidieuses, s’apparente dans les faits à un moyen de cloisonner voire d’isoler les différents professionnels du droit dans un palais de justice et participent à leur malaise.
Privés de la possibilité de travailler avec humanité et en lien, c’est le sens même de nos missions qui est remis en question.
Ni la charge de travail ni les fonctions ne doivent créer des risques psychosociaux aboutissant comme c'est le cas aujourd'hui à des tragédies.
Une bonne justice ne peut être rendue que dans des conditions humaines pour les parties et le juge.
Dès lors, doivent être attribués sans délais des moyens conséquents aux Tribunaux et Cours, afin de soulager une situation critique.
Le Garde des sceaux s’est récemment vanté d’avoir « réparé » la Justice ; or, ce à quoi nous assistons chaque jour, c’est à une justice malade et démunie qui ne tient que par les bonnes volontés de chaque professionnel qui y concourt.
Cet état de délabrement grignote inexorablement la confiance que tout citoyen doit pouvoir avoir en la Justice dans un état de droit.
Il nous apparaît aujourd’hui essentiel que l’ensemble des avocats au Barreau de Nîmes s’associe à cette Tribune, dénonçant avec force les maux qui nous sont communs, et agissent concrètement de concert avec tous les professionnels pour une justice de qualité.