25/10/2021
[PAROLES D'EXPERTS 📢]
📣 Un ba**er sans attache : quand le Juge administratif détache l’œuvre du patrimoine.
🗓 Tout commence exactement en 1910, où la mort par su***de de Tania Rachevskaia met un terme à une véritable passion amoureuse. Pour manifester de son amour dans l’au-delà, l’amant demande à son ami et sculpteur Brancusi, d’orner la tombe de Tania par l’une de ses sculptures au doux nom de « Le Ba**er » et réalisée en 1909.
« Le ba**er » devient donc une stèle funéraire.
👨⚖️ Tout d’abord et pour protéger l’œuvre, le Ministre de la Culture a classé la stèle parmi les trésors nationaux par arrêté du 4 octobre 2006.
De même, le Préfet a inscrit l’œuvre au titre des monuments historiques en y incorporant la stèle et la tombe par un arrêté du 21 mai 2010 en application de l’article L. 621-25 du Code du patrimoine.
💵 En 2016, les ayants-droits de la fiancée sollicite une autorisation de travaux pour la dépose de la stèle… cette l’autorisation permettrait ainsi la revente de l’œuvre sur le territoire national. La demande des ayants-droits est refusée par le Préfet au motif que la tombe, ils saisissent donc la juridiction administrative afin de contester la décision du Préfet et pour obtenir l’autorisation de la déposition de la stèle.
Dans un premier temps, le Tribunal administratif confirme la position du Préfet.
🔨Mais la Cour considère que cette œuvre d’art n’avait pas été conçue dès l’origine pour agrémenter la sépulture en cause et ne peut être considérée comme étant incorporée à celle-ci à un degré tel qu’elle ne puisse en être dissociée. Ainsi, la Cour détache la stèle de la tombe, le ba**er de la fiancée.
Deux décisions du Conseil d’Etat peuvent d’ailleurs alimenter d’ores et déjà le débat avec ou sans pourvoi dans l’affaire de la stèle de Brancusi.
👉 En 1999 le Conseil d’Etat estimait que deux bas-reliefs en marbre du grand salon du château la Roche-Guyon « formaient avec l'ensemble du grand salon, auquel ils ont été, dès l'origine, intimement et spécialement incorporés » .
👉 De même, en 2014, le Conseil d’Etat considérait pour les panneaux d’un plafond de pavillon de jardin que « les panneaux de bois peint comportant des décors épousaient parfaitement les formes spécifiques données à la couverture du pavillon et avaient été spécialement conçus pour être incorporés au plafond » .
La côte d’un artiste peut-elle à elle-seule permettre d’ôter aux regards des mortels l’expression dudit artiste, la déclaration d’un amour, l’expression d’un message d’éternité du mécène pour sa fiancée ?
🗂La Cour administrative d’appel de Paris vient d’y répondre… le ba**er est sans attache.