15/06/2026
Maître, notre audience est à 9h00, on sera sorti à 10h00 n’est-ce pas ?
Je ne compte plus le nombre de fois où je dois penser à préciser à mon client que l’heure de la convocation n’est pas l’heure à laquelle le Juge écoutera son affaire.
Qu’entre l’heure de la convocation et l’heure du passage devant le Juge il y a souvent un gros écart.
Et ce n’est pas un détail anodin.
C’est une réalité constante du monde judiciaire que la convocation elle-même ne précise pas.
Et pourtant, elle change tout.
Parce que pour mon client, venir à l’audience pour 9 heures va lui demander de poser une demi-journée, de trouver une solution de garde pour ses enfants, d’organiser son déplacement ou son stationnement devant le tribunal, etc…
Cela se mesure en contrainte concrète, en organisation familiale complexe, en énergie dépensée avant même d’avoir franchi la porte de la salle d’audience.
Pour l’avocat que je suis, derrière chaque audience il y a un temps invisible que l’on n’imagine même pas.
Lorsque je vais plaider pour 9 heures, je sais à quelle heure je franchis la porte du tribunal mais je ne sais jamais à quelle heure j’en sortirai.
Cet aléa est une contrainte exigeante, tant du point de vue personnel que de l’organisation de mon agenda.
L’autre jour, comme souvent, lorsque l’audience était fixée à 9 heures, il m’a fallu attendre jusqu’à 12h30 avant de plaider.
Attendre après l’appel des causes, après le traitement des demandes de renvoi des dossiers, dans l'ordre de passage retenu par le juge.
Lorsque j’en suis sortie, il était 14 heures…
5 heures de présence au tribunal pour environ 30 minutes de plaidoirie.
Indiscutablement, cette attente est longue.
Et elle a forcément un impact sur mon agenda du jour, sur mon énergie.
Mais en même temps, ces 5 heures d’attente ne sont pas de l’attente passive.
C'est un temps de travail invisible mais constructif.
Pour traiter à chaud avec mon client, les dernières pièces adverses communiquées au seuil de l’audience.
Pour intégrer de nouvelles informations, réajuster ma stratégie, affiner davantage mes arguments.
C’est également un temps précieux pour mon client.
Parce qu’en attendant de passer devant le juge, je suis pleinement présente à ses côtés, pour le rassurer, le projeter dans le déroulé de l’audience, canaliser ses émotions, son stress.
Paradoxalement, ce temps d’attente est précieux parce qu’il est aussi un temps d’échange dans un contexte différent, où le client livre parfois des informations sous un angle différent.
Des nuances, des ressentis que je peux capter pour enrichir sa défense lorsque le moment de plaider sera venu.
Alors oui ce temps-là est énergivore, chargé et exigeant.
Mais il est aussi fondamental.
Une partie essentielle de mon travail se joue dans ces temps invisibles d'attente : où l'on accompagne, on soutient, on observe, on porte avec son client le poids de ce RDV judiciaire crucial.
Ce temps d'attente n'est jamais du temps perdu.
C'est du temps d'avocat.
Dans ces heures silencieuses, il se passe parfois autant que dans l'audience elle-même.
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