12/03/2025
UN DÉBAT SUR LE DURCISSEMENT DES TEXTES EN MATIÈRE PÉNALE ET DE PROCÉDURE PÉNALE VISANT NOTAMMENT LA LUTTE (LÉGITIME) CONTRE LE NARCOTRAFIC SUR CNEWS ?
MISSION IMPOSSIBLE !
Deux mondes sur un plateau de chaîne de télévision en continu :
De tous les côtés sur le plateau, celui dirigé par ses organisateurs :
Ils se posent en défenseurs acharnés du bien, de la sécurité des citoyens, honnissent le "droit de l'hommisme".
Estiment-ils qu'un avocat qui défend un supposé -le mot pour eux serait déjà de trop, car sans doute un suspect en cette matière ne bénéficierait pas à les entendre de la présomption d'innocence ?- narcotrafiquant est une honte pour sa profession ?
On a tendance à le penser à voir comment est introduite la représentante de la profession d'Avocat.
De l'autre justement, un autre monde, représenté par le Présidente du Conseil National des Barreaux, la Bâtonnière Julie COUTURIER, qui tente en vain de finir ses phrases, se trouve malmenée de tous côtés et malgré ce avec calme, tente d'argumenter...jusqu'à ce que, après quelques minutes où les plus virulents ont pu sortir leurs oukases, l'intervention devait se passer de plus longues explications.
Plus le temps. La publicité arrive.
Qu'aurait-elle pu dire si encore ce plateau était celui où les différentes positions pouvaient être échangées sans anathèmes, et si encore tout cela n'était pas expédié :
Qu'une procédure pénale moins protectrice fragilise l’État de droit :
Mais comme les bonnes gens ne pensent craindre aucune poursuite, la Bâtonnière Julie COUTURIER aurait rajouté :
Le danger des procédures d'exceptions, c'est qu'en affaiblissant les droits fondamentaux pour une catégorie de criminels (les narcotrafiquants, par exemple), on ouvre la porte à des dérives.
Qui décide quelles catégories de crimes justifient un tel traitement ?
Cette logique peut s’étendre à d’autres infractions, menaçant les libertés de tous.
..Et c'est ainsi que l'on glisse d'un État de droit à un régime totalitaire, petit à petit, et avec les meilleures intentions du monde.
Relisons 1984 de Georges ORWELL.
Voyons tout simplement les exemples d'autres pays, qui réduisent les libertés de tous, prétexte pris de traiter efficacement tel ou tel problème sécuritaire.
Est-ce cela que veut le peuple français ?
Est-ce à ce prix qu'une lutte légitime contre le narcotrafic ou autres doit se faire ?
Les narcotrafiquants sont aujourd’hui visés, mais demain, cela pourrait concerner d’autres groupes : jusqu'où ?
L’État de droit repose sur l’égalité devant la loi, sans exception.
Créer un droit d'exception est un changement total de paradigme, et ouvre une porte vers un monde attentatoire à des libertés essentielles.
Il faut en être conscient. Mais cela nécessite du temps, des échanges éclairés, des exemples concrets.
La Présidente COUTURIER aurait aussi indiqué sans doute, si encore le temps lui était laissé, qu'une justice expéditive ne garantit pas forcément plus d’efficacité -en tous les cas rien ne le prouve, sauf à supprimer autant les juges que les avocats, et ne confier les affaires qu'à un "Jugde Dred" qui enquête, instruit, poursuit et condamne....
En revanche, cela risque d’augmenter les erreurs judiciaires et de condamner des innocents ou des petits intermédiaires plutôt que les véritables têtes de réseaux.
La Bâtonnière COUTURIER aurait pu si elle n'avait pas été interrompue, rajouter que lutter contre le trafic nécessite des enquêtes solides, pas des raccourcis procéduraux : Le démantèlement des réseaux repose sur des investigations approfondies et des preuves irréfutables.
Une procédure bâclée affaiblit ces enquêtes et permet aux criminels de contester plus facilement leurs condamnations.
A l'argument simpliste qui serait de dire que notre droit serait trop protecteur pour les pires criminels, elle aurait pu répondre que le respect des droits n’est pas un obstacle à la lutte contre le crime :
Des pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, où les procédures pénales restent très protectrices, ont réussi à combattre efficacement le trafic grâce à une meilleure coordination policière et judiciaire, sans sacrifier les droits fondamentaux.
A ceux qui pensent encore que modifier les textes aurait un effet magique contre le narcotrafic, la Bâtonnière COUTURIER sait, mais n'a pas pu exposer, que la France a déjà les outils nécessaires :
Les lois françaises permettent déjà de lutter contre le narcotrafic (écoutes téléphoniques, infiltrations, perquisitions).
Ce n’est pas un manque de sévérité procédurale qui limite l’efficacité, mais parfois un manque de moyens policiers, d'instruction, de magistrats, ou de coordination.
Enfin, et alors que tous sur le plateau ne s'estimaient pas plus concernés que tout un chacun sur un durcissement de textes (car manifestement, aucun d'eux n'a, ou est certain de ne jamais avoir dans l'avenir rien à se reprocher), aucun n'imagine qu'une procédure moins protectrice pourrait se retourner contre eux.
Qui sera la prochaine cible ?
C'est la question que tous devaient en réalité se poser, plutôt que de s'estimer innocents et animés des meilleures intentions.
Si l’on affaiblit les droits pour une catégorie spécifique (les narcotrafiquants), cela pourrait s’étendre à d’autres infractions, voire à des citoyens ordinaires accusés à tort.
Y ont-ils pensé ?
Les innocents risquent davantage avec une procédure moins protectrice, qui augmente le risque que des innocents soient condamnés sur la base d’erreurs ou d’accusations insuffisamment étayées.
Le vrai problème est ailleurs, mais cela personne sur ce plateau à l'exception de la Présidente du Conseil National des Barreaux ne semble le savoir :
Frapper là où ça fait mal, s’attaquer aux flux financiers est le plus important : Les narcotrafiquants prospèrent grâce à l’argent blanchi dans l’économie légale.
Renforcer la traque financière serait bien plus efficace que durcir la procédure pénale.
Mais aussi : renforcer la prévention et l’éducation, réduire la demande (consommation) affaiblit directement les réseaux.
Miser uniquement sur la répression est une stratégie incomplète, pour ne pas dire bancale...
En conclusion, réduire les protections procédurales pour les narcotrafiquants peut sembler séduisant sur le papier, mais c’est une fausse solution qui affaiblit l’État de droit sans garantir une lutte plus efficace contre ces réseaux.
Au contraire, il faut renforcer les moyens d’enquête et adopter une approche globale (répression ciblée, prévention et suivi financier), tout en préservant les principes fondamentaux qui protègent tous les citoyens.
Mais ce discours là, qui peut l'entendre sur un plateau acquis à la "Juste cause", celle où il faut être "gentil avec les gentils, et méchant avec les méchants" ?
Aucun simplisme n'aidera à lutter contre ce fléau.
Pas plus des textes que des incantations.
Mais ces textes peuvent nuire à tous.
La vérité est là.