23/08/2018
Valeur locative en Suisse : bientôt la fin ?
Le sujet revient une énième fois sur la table : en effet la Commission de l'économie du Conseil des Etats a relancé mardi l'idée d'abolir la valeur locative pour les propriétaires de logement en Suisse.
Pour rappel, la valeur locative est un impôt fictif calculé par rapport aux revenus théoriques qu’un propriétaire de logement toucherait s’il mettait son bien en location. La grande différence par rapport aux autres revenus taxables, c’est qu’il n’y a aucune rentrée concrète d’argent pour le contribuable mais qu’il doit quand même passer à la caisse.
Ses partisans estiment qu’il s’agit d’un impôt en nature afin de mettre sur un pied d’égalité les locataires et les propriétaires. En effet, les premiers ne peuvent pas déduire le loyer de leurs revenus. Toutefois, certains semblent oublier que le propriétaire qui a acheté son logement a d’ores et déjà été taxé une première fois sur les revenus qui ont servi à financer son bien (lors de l’achat ou du remboursement du capital en cas d’emprunt). La valeur locative revient donc à une double taxation, sans oublier que les propriétaires s’acquittent en plus de l’impôt sur la fortune et, dans certains cantons, d’un impôt foncier ou immobilier.
Certes, la loi permet aujourd’hui au propriétaire de déduire les intérêts hypothécaires ainsi que les frais d’entretien. Toutefois, ces dernières années la valeur locative a été régulièrement adaptée à la hausse par le fisc alors que les taux hypothécaires n’ont jamais été aussi bas. Aussi, ce système encourage l’endettement immobilier, qui est colossal en Suisse (740 milliards de francs soit 115% du PIB), et porte préjudice aux retraités qui n’ont plus de revenus et qui ont généralement amorti une très grande partie de leur dette immobilière.
La Commission des Etats souhaite ainsi abolir cet impôt injuste pour les résidences principales. Elle veut en contrepartie que les frais d'entretien ne puissent plus être déduits, de même que les intérêts hypothécaires (sauf exception pour les premiers logements avec une déduction progressive afin d’encourager le remboursement du capital sur 10 ans). Si la solution doit être saluée pour les intérêts hypothécaires afin de rendre l’endettement des ménages suisses plus sain (et tant p*s pour les profits du banquier !), la suppression de la déduction des frais d’entretien est plus discutable. En effet, elle sera un frein au secteur de la construction (au niveau des rénovations) et notamment en matière de développement durable et d’économie d’énergie (isolation, panneaux solaires, etc.). Cela risque aussi d’entrainer un vieillissement du parc immobilier.
On ne peut qu’espérer la suppression de cet impôt, mais sincèrement on n’y croit plus trop, ou alors dans un avenir encore bien lointain. En effet, le peuple a refusé à plusieurs reprises une telle mesure, notamment en 2004 et en 2012 où une initiative voulait permettre aux retraités de ne plus payer la valeur locative.