09/27/2025
La prison, c’était pour les autres… jusqu’à Sarkozy.
Le verdict qui envoie Nicolas Sarkozy directement derrière les barreaux a provoqué une levée de boucliers… mais seulement du côté de la droite. Les mêmes politiciens qui, hier encore, remplissaient les plateaux télé pour dénoncer la « mollesse » du système judiciaire et réclamer toujours plus de sévérité, découvrent soudain que la prison serait une peine « trop dure ». Quelle hypocrisie ! Quand ce sont « les autres » qui tombent, on veut des peines exemplaires. Mais quand c’est « l’un des leurs », on crie à l’injustice.
Cette contradiction devrait nous forcer à poser une vraie question : qu’est-ce qu’on attend vraiment de la prison ?
Parce que si la réponse, c’est « rendre les gens meilleurs ou réfléchir sur le délit qu'ils ont causé », soyons honnêtes : ça ne marche pas.
Comme avocat criminaliste, je le vois tous les jours. Trop de personnes se retrouvent incarcérées alors qu’elles n’ont rien à faire là. On les entasse dans des prisons surpeuplées, dans des conditions indignes, en espérant qu’elles ressortent transformées. Mais la réalité, c’est qu’elles ressortent souvent brisées, plus fragiles, plus marginalisées qu’avant, souvent bien plus radicalisées.
Et pourtant, nos gouvernements, y compris ici au Québec, avec les recent discours sécuritaires de la CAQ persistent à brandir la prison comme la solution miracle. On promet plus de fermeté, plus de cellules, plus de « loi et ordre ». Mais derrière ces slogans, on oublie une évidence : beaucoup des personnes incarcérées pourraient être accompagnées autrement. Encadrées, soutenues, responsabilisées, elles auraient une chance réelle de devenir la meilleure version d’elles-mêmes, au lieu d’être enfermées dans un cercle vicieux qui mène droit à la récidive.
Le cas Sarkozy révèle une hypocrisie politique, mais il met surtout en lumière un enjeu de société. Si la prison choque tant quand elle touche un ancien président, pourquoi choque-t-elle si peu quand elle détruit des vies anonymes, jour après jour ? Si elle est jugée « trop sévère » pour un ex-chef d’État, pourquoi serait-elle toujours la réponse automatique pour un jeune pris dans une mauvaise spirale ?
Nous devons avoir le courage de dépasser les discours faciles. La prison n’est pas toujours la réponse. Une justice qui protège vraiment, c’est une justice qui répare, qui réhabilite, qui transforme. Pas seulement une justice qui enferme.
Me Jonas Fadeu