23/02/2026
Il y a des dossiers qui ne me quittent pas.
Je pense à Sara (nom d’emprunt)
Jeune fille rebelle, elle avait été quasiment déshéritée par sa famille.
Réduite à la plus petite part possible.
Légal, oui.
Mais une blessure immense.
C’est à ce moment-là de sa vie que je l’ai rencontrée.
Une blessure qu’on porte toute une vie.
Des années plus t**d, elle vient avec son mari.
Deux enfants.
Un conflit profond avec l’un d’eux.
La relation rompue.
Les petits-enfants qu’on ne voit plus.
Et son mari me dit qu’il veut réduire cet enfant… à la plus petite part possible.
Là, j’ai senti quelque chose.
Parce que je connaissais l’histoire de Sara.
Je savais la douleur que ça avait représenté pour elle.
Je savais ce que ça laisse dans une vie.
Alors j’ai pris le temps.
Pas pour parler technique.
Pour parler sens.
Je lui ai demandé :
Est-ce que vous êtes vraiment allés au bout ?
Est-ce qu’il n’y a plus rien à tenter ?
Une discussion ?
Une médiation ?
Une main tendue ?
Parce qu’un testament, ça règle le patrimoine.
Mais ça peut figer une fracture pour des générations.
On a parlé longtemps.
De fierté.
De déception.
D’ego aussi.
Et surtout de ce que ça ferait, plus t**d, de ne plus voir cet enfant.
Ni les petits-enfants.
Le testament n’a pas été rédigé.
Ils ont accepté de se remettre en question.
Le lien s’est doucement rétabli.
Ce n’est pas parfait.
Mais ils se revoient.
Les petits-enfants sont revenus.
Et pour moi…
ça, c’est la plus belle récompense.
Être notaire, ce n’est pas seulement organiser la transmission.
C’est parfois éviter qu’une douleur se transmette aussi.
On travaille avec le droit belge.
Mais on touche à la transgénéalogie.
À ce qui circule, ou à ce qu’on choisit d’arrêter.
Et quand on peut empêcher une injustice de se répéter…
je mesure l’immense chance d’exercer ce merveilleux métier.❤️