20/04/2026
LA DĂMONSTRATION DE CHRISTIAN NTIMBANE BOMO , REPOSE SUR UNE LECTURE DISCUTABLE DU PRINCIPE DE NON-RĂTROACTIVITĂ .
Certes, en droit, une loi nouvelle ne sâapplique en principe quâaux situations juridiques nĂ©es aprĂšs son entrĂ©e en vigueur. Mais encore faut-il bien qualifier la situation en cause.
En lâespĂšce, la rĂ©vision de la Constitution du Cameroun instituant le poste de Vice-PrĂ©sident ne remet en cause aucun droit acquis, contrairement Ă ce qui est affirmĂ©. Elle ne modifie ni la durĂ©e du mandat prĂ©sidentiel, ni les conditions dans lesquelles celui-ci a Ă©tĂ© exercĂ©. Elle ne âfigeâ donc aucune situation antĂ©rieure.
Lâargument tirĂ© de la thĂ©orie des droits acquis est ici mal mobilisĂ©. Un droit acquis suppose une situation individuelle dĂ©finitivement constituĂ©e. Or, il nâexiste aucun âdroit acquisâ Ă lâabsence de Vice-PrĂ©sident dans lâarchitecture institutionnelle de lâĂtat. Il sâagit dâune organisation des pouvoirs publics, relevant du droit public, par essence Ă©volutif et dâapplication immĂ©diate.
Par ailleurs, il est juridiquement inexact de soutenir que seule une mention expresse de rĂ©troactivitĂ© permettrait lâapplication de la rĂ©forme au mandat en cours. La distinction essentielle nâest pas entre rĂ©troactivitĂ© et absence de rĂ©troactivitĂ©, mais entre rĂ©troactivitĂ© et application immĂ©diate.
Or ici, nous sommes clairement dans le second cas.
La crĂ©ation dâun poste de Vice-PrĂ©sident constitue une norme nouvelle dâorganisation institutionnelle qui, par nature, sâapplique immĂ©diatement dĂšs lâentrĂ©e en vigueur du texte. Elle produit ses effets pour lâavenir, sans remettre en cause le passĂ©. Il nây a donc aucune violation du principe de non-rĂ©troactivitĂ©.
Lâanalogie faite avec une modification de la durĂ©e du mandat prĂ©sidentiel est, Ă cet Ă©gard, inopĂ©rante.
Modifier la durĂ©e dâun mandat en cours affecterait directement une situation juridique individuelle dĂ©jĂ constituĂ©e, ce qui nâest absolument pas le cas ici.
En consĂ©quence, rien ne sâoppose, sur le plan strictement juridique, Ă ce que le PrĂ©sident de la RĂ©publique, Paul Biya, procĂšde Ă la nomination dâun Vice-PrĂ©sident dans le cadre du mandat en cours.
Le débat mérite mieux que des raccourcis juridiques : il exige une rigueur dans la qualification des notions fondamentales du droit.